* La première vague : intrapsychique, pathologique et orientée vers le passé
La première vague concevait que les personnes étaient troublées par forces perturbantes localisées à l'intérieur d'elles-mêmes. Ce sont des thérapies typiquement individuelles : psychanalyse, comportementalisme. Les personnes sont "mentalement malades" = névrose, psychose… Les thérapeutes sont perçus comme des experts et le changement est attribué à l’expertise du thérapeute.
* La deuxième vague : interactionnelle, et orientée vers l’ici et maintenant
La Systémique : cybernétique de premier ordre. La deuxième vague se concentrait sur de petits systèmes interactionnels comme la famille, pour expliquer l'émergence et le maintien des problèmes humains. Ce sont des approches stratégiques. Certains s’inscrivent dans une approche non-normative et non-pathologique (Palo Alto). L’approche est "orientée vers le problème" et le rôle du thérapeute est de repérer les dysfonctionnements du système et de prescrire des interventions. Voir plus loin « la thérapie brève de Palo Alto ».
* La troisième vague : thérapies de collaboration, basées sur les compétences
Le Constructivisme, Constructionnisme social : cybernétique de deuxième ordre. La troisième vague situe les difficultés humaines dans de plus grands systèmes : l'océan socioculturel dans lequel nage l'être humain (annonces publicitaires, écoles, journaux, patrons, grands-mères et amis). Ce sont les "thérapies collaboratives" : aprohe orientée solutions, thérapie narrative. L'approche collaborative fait référence à plusieurs inspirateurs qui tous considèrent le client comme expert : « Le thérapeute travaille dans le cadre de référence du client et non essayer de le modifier » (Insoo Kim Berg).
I- LA THERAPIE BREVE DE PALO ALTO
II- LA THERAPIE BREVE ORIENTEE VERS LES SOLUTIONS
Dans le courant des thérapies brèves, la thérapie orientée vers les solutions est une des approches les plus récentes car les premiers écrits datent de 1986. Elle se démarque des autres approches de thérapie brève par le fait qu'elle insiste sur la santé mentale, sur les ressources et sur les succès des personnes plutôt que sur la maladie, les déficits et les échecs. Ainsi, elle cherche davantage à souligner le positif et à l'amplifier pour aller vers l'objectif. De plus, la thérapie orientée vers les solutions se distingue en mettant l'emphase sur le présent et le futur plutôt que sur le passé. Elle considère que l'atteinte de l'objectif passe davantage par une action concrète de la personne que par une compréhension des causes des problèmes. Toute l'énergie du thérapeute et du client est dirigée vers l'objectif et la recherche de solutions.
La Thérapie Brève Systémique est une approche psychothérapeutique pragmatique, centrée sur les problèmes vécus dans le présent et vise à obtenir des changements aussi rapidement que possible.
Elle aborde les problèmes humains d'un point de
vue systémique et
constructiviste: les individus, les couples
ou les familles sont pris en compte dans leur environnement et dans leurs relations les uns aux autres. La Thérapie Brève Systémique a été développée dans les années 1960 à Palo Alto (Californie) par une équipe de chercheurs
dont les plus connus sont Paul Watzlawick, John
Weakland,Fisch.
Ils ont été inspirés par les travaux
de Gregory Bateson sur la communication et ses paradoxes, par la pratique de Donald Jackson avec les familles de psychotiques et par les stratégies thérapeutiques et l'hypnose
de Milton Erickson.
C’est un outil conceptuel nouveau capable d'aider à résoudre des problèmes complexes dans divers domaines scientifiques et humains comme, par exemple, l’écologie, la technologie, la médecine, la sociologie, la psychologie, l’économie, etc. Il est en rupture avec le rationalisme cartésien qui préconise de diviser les difficultés, de les simplifier et d'éliminer l'inconnu.
Ainsi, dans l’approche systémique, l’être humain est toujours étudié en prenant en compte l’ensemble des personnes avec lesquelles il est en relation et, ce, dans
les différents systèmes dans lesquels il vit : sa famille, ses amis, son milieu professionnel, etc.
La complexité du comportement humain est comprise comme
une résultante des interactions des relations des individus les uns avec les autres au sein de ces différents systèmes[1].
Le point de vue constructiviste dit qu'on ne peut pas connaître de réalité
indépendante de nous.
Les théories constructivistes sapent en grande partie la
conception traditionnelle du monde.
Depuis 2000 ans, presque toutes les philosophies
occidentales ont considéré que ce que nous percevions constituait une réalité indépendante et objective.
Mais quelques philosophes, au cours de l'histoire, ont
proposé une conception de la réalité différente:
• Épictète (50-125):
«Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais l'opinion qu'ils en ont.»
• Giambattista Vico (1668-1744): «La vérité humaine est ce que l'homme connaît en le construisant.»
• Emmanuel Kant (1724-1804): «L'entendement ne puise pas ses lois dans la nature mais au contraire les lui
prescrit.»
Et, parmi les théoriciens contemporains, nous pouvons
citer :
• Jean Piaget (1896-1980, psychologue) : «L'intelligence organise le monde en s'organisant
elle-même.»
• Heinz von Foerster (biophysicien): «L’environnement, tel que nous le percevons, est notre invention.»
• Ernst von Glasersfeld (épistémologue, professeur de psychologie) : le constructivisme «ne prétend pas décrire une réalité
absolue mais seulement les phénomènes de notre propre expérience.»
• Paul Watzlawick (philosophe, psychologue) : «Et si nous pouvons accepter la possibilité que, du monde réel, nous ne
pouvons connaître avec certitude que ce qu'il n'est pas, alors la psychothérapie devient l'art de remplacer une construction de la réalité qui n'est plus "adaptée" par une autre qui l'est
mieux.»
Pour les constructivistes on ne peut pas parler de réalité
objective et il n’y a pas de vérité en soi.
Chacun construit ce qu'il nomme la réalité, sans avoir
conscience qu'il s'agit d'une construction.
Les constructivistes distinguent :
• la réalité de premier ordre : ce que nous percevons ;
• la réalité de second ordre :
le sens que nous attribuons à ce que nous percevons, la valeur que nous donnons à ces
perceptions.
Il n'y a donc pas une construction de la réalité juste et
une autre fausse. Il n'y en a pas une qui soit meilleure qu'une autre. Il y a simplement des constructions qui marchent et d'autres qui ne marchent pas selon l’objectif que l’on se fixe, qu'il
s'agisse de chasser le dinosaure, d'envoyer des fusées sur Mars, de trouver l'âme sœur ou du travail.
Ce qui importe pour vivre et réaliser nos objectifs, c’est que nos connaissances
conviennent à la réalité et
non pas qu'elles lui correspondent. Comme aucune vision du monde n'est meilleure ou plus juste qu’une autre, on ne peut être
que respectueux de l’autre dont on
sait que la vision du monde, la construction de la réalité, n’est pas plus vraie que la nôtre. C'est seulement si les autres ne respectent pas notre propre réalité que nous pouvons «au
nom de la tolérance, revendiquer le droit de ne pas tolérer l'intolérance» (Karl Popper). La vision
constructiviste fait de l’humain un être pleinement responsable de ses constructions, de ses rêves, de ses décisions, de ses actes.
L’être humain a aussi la liberté de changer ses
constructions.
La Thérapie Brève Systémique est qualifiée de brève, bien que, en dehors du cadre particulier de la recherche, il n’y ait pas de nombre de séances
prédéfini.
Le thérapeute cherche cependant à aider le patient à
résoudre son problème le plus rapidement possible.
Dans un premier temps, lorsqu'il est sollicité, le
thérapeute va rechercher la personne qui est la plus motivée pour un changement, celle qui est prête à agir pour résoudre le problème. Il s’agit le plus souvent de celui qui porte le symptôme, mais il peut aussi s’agir d’un
membre de l’entourage (par exemple, des parents qui ont des difficultés avec un adolescent).
Le thérapeute aide le patient à définir clairement et
concrètement ce qui le fait souffrir, dans le présent, sans se référer à des diagnostics. Il prend particulièrement en compte les aspects relationnels (la relation du patient avec son entourage
et sa relation avec lui-même).
Il aide aussi le patient à fixer un objectif précis et
réaliste, et à identifier tout ce qu’il a déjà tenté vainement de faire pour résoudre son problème et soulager sa souffrance.
En effet, les chercheurs de Palo Alto ont constaté que les
problèmes sont souvent maintenus et même aggravés par tous les moyens auxquels on a recours — et qui se sont révélés inefficaces — pour les résoudre.
Il est donc nécessaire de cesser de «faire plus de la même chose» pour pouvoir procéder tout à fait autrement.
Pour cela, tout au long des entretiens, le thérapeute
intervient en posant au patient des questions qu’il ne s’est pas posées et en lui proposant d’autres façons de voir les choses (recadrages). Souvent, il «prescrit des tâches» à faire entre les séances afin d’observer plus précisément certaines manifestations du problème et de faire des expériences qui
peuvent aider à avancer vers une solution. Parfois, les interventions du thérapeute, qu’il s’agisse de recadrages ou de suggestions de
«tâches» peuvent apparaître surprenantes, illogiques, paradoxales. Ainsi, dans cette forme de thérapie, c’est une démarche paradoxale qui aide un patient à sortir du cercle vicieux dans lequel il est enfermé lorsqu’il tente vainement de résoudre son
problème.
Pour consulter des annuaires de praticiens, vous former ou vous informer, vous pouvez également vous connecter à:
www.igb-mri.com
www.ecoleduparadoxe.com
Steve de Shazer, Directeur de Recherche au Centre de Thérapie Brève Familiale de Milwaukee, est le cofondateur, avec Insoo Kim Berg, de la Thérapie brève orientée vers les solutions. S'inscrivant dans la lignée de la Thérapie Brève conçue à Palo Alto, la Thérapie brève orientée solutions en diffère cependant sur quelques principes. Au début des années 80, Steve De Shazer, s'est séparé du courant de psychothérapie brève de l'École de Palo Alto qui regroupait des auteurs connus comme Watzlawick, Weakland et Fisch car ils étaient trop centrés sur la résolution du problème du client "Focused Problem Resolution" (approche stratégique orientée problèmes. L'accent est mis sur les ressources du patient, ses habiletés à mobiliser pour qu'il progresse vers la solution, convaincu que tout patient peut changer en construisant son futur. La question du problème en lui-même est de moindre importance.
Ces approches sont également dites post-structuralistes, post-modernistes ont, au départ, pour principaux inspirateurs : Michel Foucault, Gaston Bachelard & Jacques Derrida.
Milton H. Erickson et l’Orientation vers les Solutions
Les clients possèdent les capacités, les ressources et les forces pour résoudre leurs propres problèmes. Erickson est considéré comme l’initiateur et le référent de l’approche collaborative basée sur les compétences.
Steve de Shazer et la ''Thérapie centrée vers la solution''
Considérée comme le berceau de l’orientation solution, cette approche est issue du MRI. Elle se démarque de Palo Alto en orientant la conversation vers les solutions. Steve de Shazer et Insoo Kim Berg sont considérés comme les fondateurs de l’approche. Au centre de leur modèle, la mise à l’écart de la notion de résistance et la croyance qu’il n’y a que de la coopération. Leur contribution majeure est l’invention de la question miracle et la tâche universelle de première séance (observez ce qui se passe et que vous voulez voir continuer de se produire dans votre vie). Une des croyances centrales est que le thérapeute n’a pas besoin d’en connaître beaucoup sur le problème pour le résoudre. Les interventions sont basées sur les exceptions.
''l'Approche Centrée sur la Solution' ' de Steve de Shazer
1/ Si ce n'est pas cassé, ne réparez pas. Si quelque chose n'est pas un problème pour un client et si, de ce fait même, il ne s'en plaint pas, alors - que le thérapeute ou la société voie dans cette chose un problème évident - cela n'est pas l'affaire du thérapeute.
2/ Une fois que vous savez ce qui marche, faites-le plus. Il y a des périodes où les choses en général vont bien, étant donné les conditions de vie du client. Ce que le client fait au cours de ces périodes exceptionnelles est précisément ce qu'il a besoin de faire davantage : autrement dit, il doit continuer à faire ce qui marche. Si ce que l'on a fait dans la séance précédente était efficace de l'avis du client, alors il faut le faire de nouveau.
3/ Si ça ne marche pas, ne recommencez pas : faites autre chose. Les problèmes ont manifestement des propriétés qui font qu'ils s'entretiennent eux-mêmes. Si l'on arrive à aucun progrès en quelques séances, cela indique à notre avis que le thérapeute fait désormais lui aussi partie de la situation qui pose problème et qu'il doit aussi faire autre chose. Des études ont montré que si 5 à 8 séances n'ont mené à aucun résultat, il est peu probable qu'il y en ait jamais.
Bill O’Hanlon, l’Orientation Solutions et la Thérapie du Possible
Ancien élève de Milton Erikson, il est considéré comme le fondateur de la Thérapie du Possible et le créateur de l’hypnose orientée solutions. Il met l’accent sur l’importance de l’expérience interne du client et développe la reconnaissance et la validation. Il attire l’attention sur le fait que les clients ne sont pas coincés dans leurs problèmes seulement par leurs actions (thérapies familiales et/ou stratégiques de la deuxième vague) mais aussi par leur vision et leurs influences contextuelles. Enfin, il souligne le rôle du langage.
[1] Pour les systèmes humains s’appliquent plus précisément les principes de la cybernétique, branche de la systémique, qui étudie les systèmes dont les interactions se font sous forme de rétroactions.
Le terme cybernétique (du grec kubernetes = pilote, gouvernail) a été proposé en 1948 par le mathématicien Norbert Wiener. Gregory Bateson définit la cybernétique comme «une branche des mathématiques qui traite des problèmes de contrôle, de récursivité et d'information.» Il a été le premier à appliquer les principes de la cybernétique à la communication humaine
* Avant Freud
La maladie mentale était comprise comme le résultat de causes physiques ou de possession par un esprit : les personnes sont "moralement déficientes"
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires